« La petite fille de Monsieur Linh » – Philippe Claudel – Roman – Littérature française

❤️❤️❤️ Livre Coup de Coeur ❤️❤️❤️

la-petite-fille-de-monsieur-linh-philippe-claudel 📚 Coup de coeur pour le roman La petite fille de Monsieur Linh 🇫🇷 ❤️

4ème de couv. : « C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise.
Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi.
Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort.
Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette. »

Mon avis

Un vieil homme, Monsieur Linh, dĂ©barque sur le quai d’un pays Ă©tranger avec dans ces bras sa petite fille de quelques mois et une petite valise en toile. 
Lui qui aimait tant son pays doit se faire à ce nouveau lieu « sans odeur », à la solitude, aux regards. 
2 âmes perdues vont alors se rencontrer. 

« – Je sais que je suis vieux, c’est tout. Savoir mon âge ne m’avancerait Ă  rien de plus. »

L’histoire nous fait dĂ©couvrir le quotidien de Monsieur Linh, ce vieil homme arrivĂ© dans un pays Ă©tranger, sans connaĂ®tre la langue, les coutumes, la culture. A des annĂ©es-lumières de son monde. De son pays. De lui. Heureusement il n’est pas seul, il est avec sa petite fille. Sa petite Sang DiĂ» âgĂ© de quelques mois.
En parallèle, grâce Ă  ces souvenirs dans lesquels il se plonge nous apprenons petit Ă  petit son passĂ© et comment il s’est retrouvĂ© lĂ . 

« La soupe est comme l’air de la ville qu’il a respirĂ© en descendant du bateau. Elle n’a pas vraiment d’odeur, pas vraiment de goĂ»t. Il n’y reconnaĂ®t rien. »

Le texte est touchant, fort, poignant. Il est joliment Ă©crit. Très beau. On alterne entre douceur et duretĂ©. On se laisse guider sans aucune rĂ©sistance jusqu’Ă  la fin sans vouloir poser une seconde le livre.
Sa force passe aussi par les sujets qu’il traite : l’amitiĂ©, l’amour de sa petite fille, ĂŞtre Ă©tranger, la mĂ©moire, le regard des autres, l’abandon, la diffĂ©rence, la solitude.
Tellement d’actualité…

« Monsieur Linh lève les yeux. Une grosse femme lui parle. Elle crie plutĂ´t. Elle est beaucoup plus grande que lui. Son visage est mauvais. Elle secoue la tĂŞte, fronce les sourcils. La foule passe, sans prĂŞter attention Ă  ce qu’elle dit sur un ton colère. La foule passe, comme un troupeau aveugle et sourd. »

Tout le long de l’histoire on se demande pour le choix de ce titre car nous suivons et ressentant l’Ă©tat d’esprit du vieil homme et mĂŞme si sa petite fille est constamment prĂ©sente, la question se pose. La rĂ©ponse ce trouve dans les 3 dernières pages du livre. Une Ă©vidence ! 
La fin du livre est ouverte mais on imagine aisĂ©ment notre propre suite. Elle est forte, inattendue. Tout au long de l’histoire, l’auteur sème de petites graines, qui grandissent petit Ă  petit pour devenir Ă  ce moment prĂ©cis une Ă©vidence. 
Tout est bien construit, fluide, clair. Les mots sont choisis avec justesse. Le vieil homme nous touche. On s’y attache. On a envie de le prendre dans ces bras. 

La couverture simple reflète parfaitement l’intĂ©rieur. Elle est très bien choisie.

« Il faut ĂŞtre gai pour elle, faire bonne figure, lui sourire, la faire manger, veiller Ă  ce qu’elle dorme bien, Ă  ce qu’elle grandisse, Ă  ce qu’elle devienne une belle enfant. Mais le temps est lĂ , qui blesse l’âme du vieil homme, ronge son coeur et abrège son souffle. »

J’ai lu ce roman en 2017, cela Ă©tait un beau coup de coeur, et il est restĂ© ancrĂ© en moi longtemps. Encore aujourd’hui, après toutes ces annĂ©es, j’en garde une forte Ă©motion. 

« Il veut revoir le gros homme, son ami, qui lui manque tant. Il veut entendre sa voix, son rire. Il veut sentir l’odeur des cigarettes qu’il fume sans cesse. Il veut regarder ses mains larges, blessĂ©es par les travaux. Il veut sentir sa prĂ©sence, sa chaleur et sa force. »